Le chat noir



Dans un pays lointain, qu’on peut trouver partout,
Il y avait un chat qu’on avait en dégoût.
Un chat dont les parents avaient entrecroisé
Un sang qu’on qualifiait de piètre hérédité.
En l’estimant bâtard, on ne le plaignait pas :
Pourquoi s’apitoyer de qui vient d’aussi bas ?
Dans un pays lointain, qu’on peut trouver partout,
Il y avait un chat qu’on nommait chat d’égouts. (1)
N’ayant que des bidons en tant que domicile,
Il ne se risquait pas au centre de la ville.
Ce peu de conditions, on ne s’en souciait pas :
On peut bien supporter ce que l’on ne voit pas.
Dans un pays lointain, qu’on peut trouver partout,
Il y avait un chat voulant vivre debout.
Un chat qui n’ayant plus que le désœuvrement
Décida d’exprimer son mécontentement.
Mais il fut maladroit, optant pour la violence ;
De cette cruauté qui dénonce l’enfance.
Dans un pays lointain, qu’on peut trouver partout,
Il y avait un chat qui joua les marlous.
Un chat qui embrasa la ville tout entière
En contraignant chacun à rester aux litières.
On mit des bataillons pour combler le désordre,
Croyant que le gourdin l’empêcherait de mordre.
Car dans ce pays-là on donnait du bâton
Pour s’éviter l’effort de la compréhension.
Dans un pays lointain, qu’on peut trouver partout,
Il y avait un chat qu’on mit sous les verrous.
Un chat de qui soudain on nota la présence,
Et dont le bruit parvint jusqu'à la présidence.
Qui présidait à quoi ? Personne ne le sait.
Mais comme chaque fois, elle dit : je paierai.
Dans un pays lointain, qu’on peut trouver partout,
Un chat représentait des problèmes de coût.
Or ce genre de chat que l’on trouve partout
Il se pourrait un jour que ce puisse être vous.
C’est le même rictus qui vous monte au visage
Que celui du chômeur qui riait du chômage.


Il faut bien appeler un chat de par son nom ;
De gouttières ou d’égouts, là n’est pas la question.

(1) Un chat est bien un chat, auriez-vous donc le front
De l’appeler d’égouts pour avilir son nom ?

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