La laine de coyote




Les champs de détritus, ces dépôts malséants,
Recèlent en leur sein des objets étonnants.
C’est en un de ces lieux, dans une zone urbaine,
Qu’un coyote trouva la pelote de laine.
Elle était d’un blanc crème, un blanc presque rosé,
Qui lui fit croire un temps que c’était un poulet.
Il y pose pourtant sa griffe délicate,
Mais il a, comme on dit, mis le fil à la patte ;
Il tente un bon moment de s’en débarrasser,
Mais le fil a tendance à se décheveler ;
Il tire à hue à dia tandis que la pelote
Se dévide d’autant chaque fois qu’il gigote ;
Pour pouvoir se sortir de l’enchevêtrement,
Il mordille le fil qui glisse entre ses dents.
Rageur, il prend la fuite et court à perdre haleine (1)
Traînant derrière lui la pelote de laine.
Un aigle dans les airs, découvrant le tableau,
S’étonne grandement devant ce scénario.
Il prend la décision de fondre sur la bête
Pourchassant ce coyote et couard et mauviette.
Il file sur sa proie et s’entortille au fil,
Ne pouvant deviner que le piège est subtil ;
Comme a fait le coyote, il tire et se démène
Pour se débarrasser de ce fatras de laine.
On a dorénavant, chacun de son côté,
Un aigle et un coyote essayant de tirer
Sur ce brin, sur ce fil, ce filin, cette corde
Qui ne peut que finir en pomme de discorde.
Cet embrouillamini les a fort intriqués,
Ou, plus précisément, emberlificotés. (2)
« Allons ! dit le coyote. Arrêtons la chamaille,
Et tâchons de trouver qui dénoue cette maille. »
Je sais, dit le rapace, où trouver ce sauveur,
Qui s’en prend à la laine et en est prédateur ; (3)
Je connais les placards où se nichent des mites
Qui sauront dévorer ce qui nous phagocyte. »
Et tous deux s’en aller en se pelotonnant
Vers ce qui de la fable est un beau dénouement.


Agir sans réfléchir traduit souvent la peur ;
C’est une réaction chez les conservateurs.
On retrouve ceux-ci sur les bancs de la droite,
Mais plus communément dans la conserve en boîte.

(1) Le coyote est connu pour sa mauvaise haleine ;
Je n’ai, pour ce sujet, vraiment pas eu de peine.

(2) On ne peut pas savoir, dans cet imbroglio,
Qui s’appelle méli, qui s’appelle mélo.

(3) J’ai bien été touché par l’idée tentatrice
De nommer ce sauveur : tube de dentifrice.

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